43. Kruger, un parc pour la paix

Le Parc National du Kruger, accueil
ce que l'afrique à de plus marquant
Qu'allons-nous chercher chez l'animal sauvage, sinon un spectacle ? Ou, si l’on peut dire, considérant que les deux termes puissent être synonymes, une certaine culture. Cette société de spectacle, comme l'aurait désignée Guy Debord, n'est pas seulement un ensemble d'images, mais un rapport interactif entre les animaux. Comment, à moins d'adhérer à l'obscurantisme créationniste, leur dénier une activité sociale et rituelle ? Comment leur refuser une histoire dans laquelle l'homme est lui-même inscrit ?
L'engouement pour le spectacle animalier n'est à y regarder de plus près pas aussi anodin qu'il n'y paraît. Il correspond à un besoin profond, plus ancien encore que celui qui nous pousse à revenir sur les traces d'anciennes cultures humaines, et solidement ancré dans nos gènes. L'animal est ce que nous ne sommes plus tout à fait ! Nous avons fait de lui notre bien, notre propriété, notre revers, l'avons enferme derrière des barrières religieuses et culturelles. Nous nous sommes définis par opposition à sa nature. Mais il est là qui hante confusément notre mémoire primitive. Seulement deux millions d'années séparent les premiers hommes qui utilisaient l'os comme outil, des singes qui se servent à notre époque de battons pour fouir les termitières. Une bagatelle, quand on sait que la vie a commencé sur terre voici 3,5 milliards d'années ! Même si l'homme reste un cas particulier dans l'évolution, il s'impose de plaider en faveur de la continuité entre les genres, de faire sauter les frontières, non seulement entre les plantes, les animaux et les hominiens, mais aussi entre la nature et la culture, Montaigne, au XVIème siècle, osait affirmer qu'il n'y a pas plus de différence d'homme à homme qu'il n'y en a d'homme à animal. L'éthologie met en évidence les impulsions élémentaires que nous partageons avec «ceux d'à côté»: intimidation, séduction, appropriation, soumission, agressivité, désir... Des inepties qui dressent les individus, les races, les sexes, les genres... les uns contre les autres, quand elles n'engendrent pas leur élimination massive, celle qui touche les espèces est la plus résistante. L'ultime. La plus sensible car elle remet en cause la place centrale que l'homme, mâle et blanc de préférence, s'était octroyée dans le cosmos. Un séjour en Afrique du Sud est l'occasion pour -au vu de l'ignorance, de la peur, de l'ostracisme que véhicule son histoire, aborder le problème ségrégationniste sous tous ses aspects. «L'homme animalisé renvoie la bestialité du côté de celui qui l'a bestialisé», fait remarquer le professeur Armelle le Bras-Chopard. La dégradation du statut de l'animal va de pair avec la bestialisassions ethnique. Les animaux doivent être respectés non seulement par respect envers eux, non seulement par respect de l'homme envers lui-même, mais par respect envers ce «quelque chose», comme le dit Guy Feny, «qui nous invite, dans l'animal lui-même, à une responsabilité au sens propre» et que je serais tenté de nommer le respect de la Vie. C'est justement parce qu'il peut se montrer capable de s'intéresser au sort de l'animal que l'Homme diffère de celui-ci. Qu'il est humain. A observer, même avec une attention soutenue, les hautes herbes jaunes et rousses qui drapent l'ancienne termitière, ne me prêterait à penser qu'un couple de léopards y est dissimulé. Pourrait-on passer mille fois à coté que l'on ne le remarquerait pas, même si l'un des félins venait à bouger. Ou faudrait-il que la tache blanche d'une queue trahisse sa présence, comme elle le fait parfois. Il aura fallu une longue et patiente traque commencée très tôt dans la matinée, pour savoir les animaux allongés ici, dans l'ombre des schotias. Ce ne fut qu'en recoupant leurs traces laissées sur le sable meuble, en suivant des pistes d'herbes froissées entre les buissons, en faisant mille détours parmi les roches et les troncs renversés, en ignorant, sur le moment, la présence des girafes, des éléphants et des rhinocéros, qu'au volant du Defender, Kirberny parvint enfin à les localiser, grâce, en définitive, au bref râle de jouissance du mâle qui pour la énième fois s'était uni à la femelle. Le léopard appartient avec le lion, le tigre, le jaguar et le léopard des neiges au genre Panthera. Il peut indifféremment être nommé panthère. Sa copulation s'étend sur 4 à 5 jours. Elle correspond à la période d'œstrus de la femelle qui émet alors un taux élevé d'hormones dans ses urines pour alarmer les mâles sur  réceptivité. Les rapports, très fréquents lors du premier jour, toutes les l0 minutes environ, diminuent d'intensité au fil des heures. C'est la femelle qui mène le jeu! Plus méfiants encore qu'à leur habitude, les félins cachent leurs amours buissonnières dans les endroits les plus isolés. Leur observation est alors, sauf exception, plus qu'aléatoire, quasi impossible.

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