26. Cap Est sud africain - Entre l'ocre et le jade


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On quitte Cape Town par une autoroute joliment plantée de bougainvilliers et de lauriers-roses. Les montagnes bleues, en ligne de mire, montent et descendent sur le ciel de manière imprévisible, façon abaques boursiers. Des fermes blanches, éparses, somnolent sous des toitures de tôle ondulée vert clair, la route joue avec les eucalyptus, les vignes ébouriffées et les tulipiers rouges. Elle franchit un pont ou un tunnel, épouse les sinuosités d'une rivière et s'engage dans les terres ocre et rouges où courent les autruches. Les véhicules dépassent allégrement les limites de vitesse.
On aura vite compris que l'interprétation du code de la route présente ici des spécificités qui, de notre point de vue, peuvent sembler déconcertantes, voire dangereuses. La plus curieuse de toutes, une fois admis que l'on conduit à gauche, s'applique au bon usage des accotements. Généralement assez larges pour faire office de voie de circulation, ils servent lorsque des piétons, des animaux ou des bicyclettes ne les occupent pas, à s'y déporter quand un véhicule s'apprête à dépasser. Aussi est-il nécessaire de toujours garder un œil sur le rétroviseur! Mais, bien que parfois impatients, surtout aux alentours du Cap, les automobilistes restent toujours courtois et, politesse pour politesse, un conducteur remerciera chaque fois, d'un bref appel de warning, celui qui lui a cédé le passage. Cette aimable pratique apporte aux longues routes un peu de gentillesse. Un peu de divertissement aussi car, que l'on aille, par la N l, vers le Karoo ou que l'on se dirige, par la N2, vers la Route des Jardins, les distances sont grandes entre les cités indolentes. Strictement alignées, autour d’une inéluctable église blanche au clocher effilé, les maisons pâles des villes, poursuivent, derrière des rosiers ou des jacarandas, le rêve d'une époque révolue qu'évoquent d'énigmatiques devises gravées, parfois en français, au fronton d'un bâtiment public. Ainsi on peut voir l'étrange «Bouter en avant» sur l'hôtel de ville de Robertson. Après avoir franchi un col, entre Karoo et Atlantique, le choix se pose entre deux immensités, deux complexités, deux philosophies: au nord, la pastorale, au sud, l'océane.
Pur produit marketing créé, voici une cinquantaine d'années, pour promouvoir la côte orientale de la province du Cap, la Route dite des Jardins décevra surement ceux qui s'en tiendraient à son étymologie. En fait d'univers floral, ce couloir, logé entre l'océan Indien et les montagnes d'Outeniqua, pourrait être plus justement nommé Route des Lagunes ou tout simplement Route Balnéaire, car les quelque 250 km de côte qu'elle couvre, entre la baie de Stil et la baie d'Oyster, regroupent un bon nombre de stations de vacances. Mossel, George, Knysna, Wilderness, Plettenberg, drainent, en été, des flots de pêcheurs, véliplanchistes, canoteurs, surfeurs, plaisanciers. Plus qu'un lieu, la Route est une ambiance, un concept, une manière d'être. Elle s'offre comme un plateau de fruits de mer. Elle propose plutôt qu'elle impose. Elle donne le choix. On la déguste selon la couleur du jour, l'humeur du vent, la force des vagues, l'envie du moment. Mais sa visite exige du temps, voire de l'application. Malgré sa physionomie avenante, elle dissimule ses plus beaux morceaux de nature au bout d'un sentier, au détour d'une crique, au-delà d'une forêt, derrière une falaise nombreux chemins balisés, à travers les fynbos où les sables, dessinent un Eden pour les randonneurs. Entre réserves, parcs et lagunes, ces enchantements de roches, de dunes, de plages, de végétation semblent plus adaptés à satisfaire un écotourisme de proximité plutôt qu'une clientèle internationale empressée. Entre George et Knysna, les sables du parc national de Wilderness enserrent un riche et complexe réseau rivières, de lacs, de canaux, de marécages, de mangroves, d'estuaires où se reproduisent de nombreuses espèces, de l'insignifiant dytique au grand héron cendré.  A quelques kilomètres vers l'est, la réserve de Goukamma protège un littoral de falaises granitiques et de plages de sable. On y trouve toute une assemblée d'invertébrés: crabes, bernard-l'hermite, coquillages, arapèdes, bernacles, moules, trésors enfouis que recherche le grand huîtrier noir dit aussi de moquin. Sensible au stress causé par les visiteurs, surfeurs ou pêcheurs, cet élégant oiseau au long bec orange est menacé de disparition. On n'en compte plus que 2 000 couples ! Le gouvernement a lancé une campagne de sensibilisation pour tenter de le sauver. Le lagon de Knysna (prononcer Nysna) est réputé pour ses huîtres. C'est l'un des plus beaux et des plus fréquentés qui soient. Avant de somptueusement se couler dans la marée océane entre deux têtes rocheuses, nommées comme il se doit «The Heads», ses eaux accueillent diverses activités nautiques: voile, ski nautique, canoë, plongée. Knysna a vu le jour, voici tout juste deux siècles, du commerce des bois précieux. La plupart des besoins sont maintenant couverts par la sylviculture et les plus beaux arbres sont protégés. La forêt primaire qui se trouve au nord de Knysna compte parmi les plus hautes et impénétrables qui soient dans le pays. Certains prétendent qu'on y trouverait encore des éléphants sauvages! Il semble hélas bien difficile de les croire! Du demi-millier d'individus comptés en 1876, leur nombre est tombé à 4 en 1990 sous la pression des braconniers, et les sentiers balisés d'Elephant Walk sont maintenant terriblement silencieux. L'ultime option pour rencontrer les pachydermes sur la Route des Jardins est de se rendre au Knysna Elephant Park, en bordure de la N2, direction Plettenberg, où quatre individus parfaitement accoutumés au public se laissent caresser et nourrir à loisir pour un coût d’entrée toutefois élevé. Faut-il préciser que nous sommes là dans un univers plus proche du cirque que de la vie sauvage !

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1 commentaire:

  1. Avez vous fait un peu la route des vins? cela vaut le détour et les vins sud-africains n'ont rien à envier aux bons vins français :)

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